Dans une tribune publiée dans Les Echos du mardi 1er septembre, François Ewald juge que le parti socialiste « ne dispose plus d’un instrument de critique de l’économie contemporaine. » Il nous semble en effet que les dernières propositions socialistes, exprimées la semaine dernière par la voix de sa première secrétaire Martine Aubry, font au moins trois erreurs économiques graves :
Première erreur : proposer que les entreprises bénéficiaires qui « profitent de la crise pour transférer l’activité à l’étranger » soient « mises sous tutelle de l’Etat ». Aucun économiste sérieux ne soutiendrait une telle mesure. L’imprécision de la proposition soulève d’abord trop de questions : qu’est-ce que « profiter de la crise » pour faire ce transfert ? Faut-il interdire à toutes les entreprises bénéficiaires de délocaliser en temps de crise ? Il semble que cette mesure reviendrait en pratique à supprimer la liberté d’installation des entreprises. Quelle entreprise étrangère serait alors assez inconsciente pour oser venir s’installer en France ? Quel dynamisme auraient nos entreprises, incapables d’être compétitives face à des concurrents plus libres qu’elles d’adapter leur outil de production ? Cette mesure, en un mot, est tout bonnement inapplicable, car économiquement suicidaire. Les consommateurs que nous sommes tous avons grandement bénéficié, faut-il le rappeler, de l’ouverture des marchés (ce que l’on appelle « mondialisation »). Grâce à elle, nous avons accès à des produits plus abondants et à un meilleur prix ; grâce à elle en d’autres termes, notre pouvoir d’achat a augmenté ! Entraver l’action des entreprises, menacer leur liberté, c’est provoquer leur départ en masse pour des cieux plus cléments (ce que beaucoup d’entre elles ont déjà fait du reste), ce qui affaiblirait considérablement notre économie. Il faut inlassablement rappeler que, jusqu’à maintenant, personne n’a trouvé mieux que la libre-entreprise pour assurer la prospérité et le bien-être du plus grand nombre (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas un problème de répartition de la richesse créée). Toutes les expériences alternatives ont échoué, se soldant par la misère et la souffrance de millions de personnes.
Deuxième thème dont les soubassements économiques nous paraissent erronés : les propositions sociales. Nul ne peut dire que, dans leur principe, elles sont illégitimes. C’est leur logique qui pèche en l’occurrence. Gauche comme droite ont compris et assumé le fait que l’Etat doit tenir son rôle d’architecte de la solidarité. Mais ce qu’à compris la droite, c’est que la solidarité ne peut se faire sans compétitivité ; que l’entraide ne doit pas signifier nivellement des richesses ; que l’idéologie anti-riches ne peut tenir lieu de projet en faveur des plus démunis. Une redistribution intelligente doit conserver intact ce moteur essentiel de la compétitivité qu’est l’esprit entrepreneurial. Au lieu d’aligner les propositions irréfléchies d’aides sociales supplémentaires déconnectées de toute réflexion économique (comme le « remboursement de 200 euros de TVA pour les 16 millions de ménages modestes non imposables »), il importe d’inscrire toute action sociale dans le fonctionnement économique réel de l’économie afin d’en faire un outil efficace de prospérité. Le RSA de Martin Hirsch est un bon exemple d’une telle mesure, puisqu’il encourage l’activité tout en augmentant les revenus des plus modestes. Là encore donc, les socialistes font un contre-sens économique : ils continuent d’ouvrir grand la « trappe à pauvreté » au lieu de la fermer !
Dernier élément qui doit surprendre à la lecture des axes proposés par Martine Aubry : le rejet en bloc de la « taxe carbone ». Le mécanisme du prix est, les économistes l’ont montré, l’incitation la plus efficace à la répartition des ressources. Autrement dit, il faut que le coût écologique d’un produit (énergie comprise) apparaisse dans le prix pour que les consommateurs se tournent vers des produits plus « durables ». Les discours d’incitation à la vertu écologique ne sauraient suffire à décider le consommateur ; celui-ci jugera toujours en majorité en fonction de l’étiquette… Sans préjuger des modalités d’application (qui peuvent en effet se discuter) de cette contribution, disons donc qu’elle a une justification économique indéniable : il faut que le prix agisse comme « signal » de la qualité écologique d’un produit pour permettre une meilleure répartition des consommations.
Que nous le voulions ou non, nous vivons dans un monde désormais fondé sur l’omniprésence de l’échange marchand. L’économie, autrement dit, est une dimension essentielle et incontournable de notre société. Il est donc évident qu’une proposition politique sérieuse (qui ambitionne d’être traduite dans les faits) se doit de passer avec succès le test du réalisme économique. Nous ne pouvons que conseiller au PS de progresser encore vers une meilleure prise en compte des mécanismes économiques élémentaires…
avec Olivier Babeau et l’équipe MV2











Bravo pour cet article très intéressant et très bien écrit !
Ce que vous dites est tout à fait exact. Je ne comprends pas que les médias ne le disent pas plus souvent ! il ne faut pas prendre les Français pour des c… Ils savent très bien qu’on ne peut pas raser gratis… faut pas rêver. Plus de réalisme dans les propositions politiques, ça ferait du bien !
Bravo Monsieur Babeau pour votre analyse ! Il est vrai que la taxe « verte » des pays scandinaves s’est révélée efficace, alors même qu’elle fut lancée, en Suède, en 1991, au moment où le pays traversait une crise économique importante…
Quelle belle analyse !
J’ai beaucoup aimé la partie traitant sur la délocalisation des entreprises ; un parallèle s’est immédiatement imposé dans mon esprit : j’ai reçu ma feuille d’impôt (taxes foncières) il y a quelques jours et j’ai constaté avec effarement un bon de + 13,24 % en ce qui concerne la commune.
Merci Monsieur le Maire … il est vrai que les Neuilléens sont amoureux de leur ville. Ils risquent donc peu de se « délocaliser ».
Nous ne pouvons donc que conseiller à notre bon maire de progresser encore vers une meilleure prise en compte des mécanismes économiques élémentaires … et d’en faire profiter ses administrés ☺
D’avance merci !
Je me joins à « erreur de calcul », c’est un scandale! J’ai acheté un appartement à Neuilly il y a dix ans et sa valeur a été multipliée par 2! Mon patrimoine ayant doublé, me voilà soumis à l’ISF. Le scandaleux ralentissement de la hausse de l’immobilier a privé la ville de revenus abondants et indolores, à savoir la part « ville » des droits de mutations perçus sur les très nombreuses transactions immobilières. Maintenant, la ville de Neuilly en est réduite à équilibrer son budget en faisant appel à ceux qui y vivent, c’est un scandale! En attendant un prochain boom de l’immobilier, fermons écoles, médiatèques, services municipaux et toutes ces institutions inutiles. Nos impôts locaux sont les plus faibles du département (peut-être même de la région) et cela cache sans doute quelque chose! « Erreur de calcul » devrait écrire un livre sur les mécanismes économiques élémentaires, avec des jolis dessins, cela amusera certainement les enfants…
A « erreur de calcul »…
Erreur de calcul? De votre part, certainement. Neuilly reste aujourd’hui malgré l’augmentation des impots début 2009 la ville des hauts de seine avec le plus faible taux de taxe d’habitation (5,65%). Pour comparaison Bois Colombes est 18,12%….
Ce n’est pas l’importance de l’augmentation qui importe, mais bien la base de laquelle on part. Je trouve indécent de brandir cette hausse des impôts avec malhonnêteté intellectuelle et à des fins politiciennes. Les Neuilléens ont très bien compris que la crise avait fait chuter considérablement les recettes de la ville (notamment immobilières) et qu’une hausse des impôts était inévitable. Toutes les grandes villes de France ont agi de la même façon. Merci à Fromentin d’avoir proposé une hausse très raisonnable (le taux de taxe d’habitation est passé de 5,1% à 5,6%, soit 0,5 point d’augmentation!)
A « erreur de calcul »…
Erreur de calcul? De votre part, certainement. Neuilly reste aujourd’hui malgré l’augmentation des impots début 2009 la ville des hauts de seine avec le plus faible taux de taxe d’habitation (5,65%). Pour comparaison Bois Colombes est 18,12%….
Ce n’est pas l’importance de l’augmentation qui importe, mais bien la base de laquelle on part. Je trouve indécent de brandir cette hausse des impôts avec malhonnêteté intellectuelle et à des fins politiciennes. Les Neuilléens ont très bien compris que la crise avait fait chuter considérablement les recettes de la ville (notamment immobilières) et qu’une hausse des impôts était inévitable. Toutes les grandes villes de France ont agi de la même façon. Merci à Fromentin d’avoir proposé une hausse très raisonnable (le taux de taxe d’habitation est passé de 5,1% à 5,6%, soit 0,5 point d’augmentation!)
Pour revenir sur les impôts locaux à Neuilly, il est vrai qu’une des forces de la ville de Neuilly a toujours été de proposer une fiscalité la plus faible possible, sachant que nous payons par ailleurs beaucoup d’impôts nationaux. La dernière hausse ne bouleverse pas totalement cette équilibre mais elle va tout de même dans le mauvais sens. D’ailleurs la feuille d’impôt reçu récemment le dit clairement : Commune + 12.8%, Département +6.72% et Région + 1.56%. La crise et les éléments de conjoncture étant les mêmes pour la commune, le département et la région, il est malheureusement indéniable de constater que la nouvelle équipe à Neuilly n’a pas réussi à faire aussi bien (ou moins mal) que le 92 et la région Ile-de-France. C’est une mauvais signal. J’aurais préféré que la nouvelle équipe se démarque en ne procédant à aucune hausse. Dernière remarque: il y a pas si longtemps, du temps de M. Sarkozy, les taux étaient vraiment bas (1.5% pour le foncier) et cela avait un effet d’image très positif et cela constituait une singularité de Neuilly qui doit tout faire pour ne pas devenir une ville comme les autres.
C’est triste de voir qu’Olivier Babeau écrit un long article, intéressant, documenté, intelligent, et que la seule chose dont vous parlez (encore!) ce sont les impôts… Triste époque…
Ce débat sur les impôts à Neuilly est vraiment très décalé par rapport aux réels enjeux économiques et sociaux. Mais les personnes qui se permettent de critiquer, et notamment le commentaire précédent, oublient que la campagne de 2008 a mis en avant de nombreuses attentes des Neuilléens en terme d’équipements et d’activités.
C’est facile de crier très fort contre cette micro hausse des impôts, mais il faut arrêter de croire qu’on peut tout avoir sans payer d’impôts !!
C’est très bien que ce site soit un lieu ouvert, d’échanges et de débats. Les critiques sont les bienvenues, surtout si elles sont constructives.
Mais lorsque vous utilisez un pseudonyme, (c’est votre droit) il serait plus correct d’utiliser toujours le même au lieu de faire croire que votre opinion est partagée par plusieurs personnes. N’est-ce pas « Hélène Dubois », « Paul Boirue », « Erreur de Calcul », « Homo Politicus » etc…. ? vous vous reconnaitrez …
Élevons un peu le débat !
Un administrateur du site.
Tout à fait d’accord avec vous !
Le temps se chargera, impitoyablement, d’élever le débat … sans élever nos impôts, nous l’espérons
La critique se doit d’être constructive : pourquoi ne pas faire un état des lieux, puis un débat avec le groupe minoritaire, sur la gestion de la ville ainsi que sur les principales orientations ?
De nombreux recrutements ont été décidé, des projets onéreux sont en discussion, une orientation vers une plus grande offre de services est à réfléchir. Tout cela coûte de l’argent et c’est bien logique.
Le conseil municipal est un lieu confiné et quasi-confidentiel (les délibérations sont un excellent somnifère : avis aux insomniaques !).
Pourquoi ne pas ouvrir plus largement le débat ? Sous quelle forme ? Une enquête ? un forum ?
PS : l’administrateur m’a bien fait sourire … par sa propension à voir la paille chez le voisin tout en oubliant la poutre le concernant
Bien entendu, les commentateurs de ce site, qu’il soit pour ou contre la majorité municipale / le groupe minoritaire , utilisent de multiples pseudos. C’est le « jeu » de l’internet.
N’est ce pas la qualité des échanges et des propositions qui compte ?
SOLIDARITE ET COMPETITIVITE: à mettre en oeuvre d’abord à l’école car la population active, c’est bien la plus grande ressource d’un pays!
Encourageons nos partis politiques à avoir des projets ambitieux pour l’école!!! et la formation des jeunes (pas seulement l’élite).
L’analyse – sans être techniquement franchement poussée – est évidemment de bon sens.
La question des impôts locaux n’est pas le sujet traité, même si tout le monde – de bon sens également – ne peut que la regretter et déplorer qu’une équipe qui se targue d’être inventive et revendique « l’esprit entrepreneurial », n’ait rien trouvé de mieux que de recourir aux méthodes de la gauche des années 80 avec l’augmentation des impôts.
On peut bien sûr objecter que la pression fiscale reste très faible à Neuilly, il n’empêche, le « signal négatif » que vous condamnez dans les propos de Martine Aubry a fait des émules jusqu’au sommet de l’exécutif municipal !
Pour en revenir au sujet traité, il existe comme un goût d’inachevé dans ce texte : « la critique est aisée, l’art est difficile ».
Ce que l’on attend d’un papier de fond, ce ne sont pas seulement des critiques, mais des propositions.
Or de ce côté ci, c’est morne plaine !
Le maniement – fut-il expert – de concepts maintes fois entendus (l’échange marchand, la libre entreprise, la compétitivité …) ne tient pas lieu de politique.
« Faire de la politique autrement » répétez-vous partout.
Les mauvaises langues diront que vous faîtes comme les autres en critiquant sans ne jamais rien proposer en matière d’alternatives concrètes.
Quant aux autres, ils vous rétorqueront que « vous faites autrement » puisque pour un homme qui se réclame de droite, entrepreneur, vous recourrez à des « remèdes » hérités de la gauche dogmatique de l’avant chute du mur avec l’augmentation massive des impôts, que même M. Huchon n’ose pas administrer à la même hauteur que vous.
Au moins cela vous permettra-t-il d’exister selon la célèbre formule : « faites ce que je dis, pas ce que je fais ! »
Les quelques lignes d’analyse d’Olivier Babeau sont intéressantes (oserais-je dire comme d’habitude et quel dommage qu’il ne soit pas resté à Matignon!).
Néanmoins en dehors de toute discussion politicienne sur le bien fondé ou pas de la position du PS, la taxe carbone telle qu’annoncée n’est ni un modèle d’efficacité ni un exemple de bon fonctionnement sociétal (j’utilise ce mot de préférence à celui de justice sociale qui ne veut rien dire).
Si le gouvernement n’avait aucune arrière pensée de recettes fiscales (or n’oublions pas la réforme en cours – et non la suppression – de la taxe professionnelle), il n’aurait pas augmenté le prix des énergies fossiles (n’oublions pas que nous payons déjà la taxe carbone sous un autre nom: la TIPP! et à lun des niveaux les plus élevé d’Europe) mais aurait d’avantage orienté la demande vers des systèmes moins énergivores au moyen de crédits d’impôts à l’investissement, de bonus malus, voire de TVA à taux réduit pour toute une série d’intervention dont toutes les listes sont déjà connues depuis les travaux du Grenelle de l’environnement. Au lieu de cela, on prend à nouveau l’automobiliste et tous les transporteurs de tous formats pour des « vaches à lait » puisque la société est, pour l’instant, organisée de telle façon que les transports sont indispensables. Et que dire des gens, notamment modestes qui habitent un immeuble collectif équipé d’une chaudière au fioul et qui n’ont pas les moyens de la changer. Un crédit d’impôt pourrait les y encourager là ou une hausse du prix du fioul ne peut que leur enlever davantage de moyens! Une fois de plus, effet d’annonce, impréparation, précipitation et calcul politicien (empêcher à tout prix l’alliance des verts et des socilistes aux prochaines régionales) viennent ternir une mesure pourtant intéressante.