Valeurs, savoirs et territoires …

Dans une tribune qu’il signe dans Valeurs Actuelles, Denis Tillinac dit, à propos du débat sur l »identité nationale : « il en est du mot identité comme du mot culture : on les conçoit, on les dégaine, on s’en gargarise quand a cessé d’exister ce qu’ils ont censés définir ». Le débat sur la nation mérite effectivement mieux. Au débat sur l’identité nationale, je préfere une réflexion en profondeur sur l’idée de patrimoine. La France possède un patrimoine exceptionnel fait de valeurs, de savoirs et de territoires. Ces trois éléments sont le socle de notre identité, ils représentent aussi un formidable capital économique et social. Dans le monde actuel qui se renouvelle en profondeur et dans la dynamique de mondialisation qui tend à lisser les cultures et les comportements, nous devons nous interroger sur la manière de mettre cet acquis au coeur d’un projet de société. La plupart des grandes questions auxquelles nous sommes confrontées trouveront des pistes et des réponses dans l’évaluation et la revitalisation du patrimoine. Notre principal défi c’est de le faire fructifier pour qu’il soit à la fois la fierté qui nous mobilise, le vecteur de solidarité qui nous rapproche et le gage de compétitivité qui nous fasse avancer. Regardons les choses en face, de quoi sommes-nous les plus fiers si ce n’est de notre histoire, de nos monuments, de notre culture ou de nos paysages; quand on parle d’économie et de compétitivité on voit vite que les secteurs qui nous placent en tête des classements mondiaux sont ceux directement issus de la valorisation de notre patrimoine, de nos cultures et du creuset des connaissances acquises au fil des siècles ; c’est le cas des filières du luxe, du tourisme, de la santé ou de l’agroalimentaire; notre patrimoine représente aussi cet ensemble de valeurs essentielles qui fonde l’esprit de fraternité et de solidarité à partir duquel on peut faire évoluer un projet social. Quand Pierre Rosanvallon dans Le Monde du 8 décembre appelle « à donner un sens actif et écologique à la notion de patrimoine (…) pour que [l'Etat] restaure sa dimension de régulateur des conditions de la vie commune » ou quand Benoît XVI dans son encyclique sociale pointe le « danger constitué par le nivellement culturel et par l’uniformisation des comportements et des styles de vie », ils nous rappellent l’un comme l’autre l’importance des valeurs, des savoirs et des territoires comme éléments fondamentaux pour permettre aux nations de s’inscrire durablement dans la mondialisation.

3 réflexions au sujet de « Valeurs, savoirs et territoires … »

  1. Une réflexion sur la patrimoine donne confiance et ouvre des perspectives positives alors que le débat sur l’identité crée de la défiance … Cf. la tournure que prend le débat actuel lancé par Besson !

  2. L’identité française sont ces repères différenciants qui font de la France une nation pas comme les autres or ce qui rend le sujet passionel et les dérapages obligatoires réside dans le fait que les français sont ancrés dans le passé, attachés a des repères qui n’existent plus. Interrogez 10 personnes autour de vous et vous verrez que l’on vous assomera de la « grandeur » de la france, de notre « puissance » economique, de la declaration universelle des droits de l’homme, de valeurs democratiques qui devraient être le modèle de 200 autres pays etc… Or aujourd »hui tout celà n’a plus cours, nous étions un grand pays, nous étions une puissance economique majeure, nous avions les moyens de propager nos valeurs democratiques, nous « étions » mais nous ne sommes plus.
    Nous sommes devenu un pays sans repères qui vit dans le passé et qui n’a comme identité que des limites géographiques, même plus une histoire commune ( je rappele que 3 français sur 4 ont au moins un de leur grand parent qui n’est pas né en france ).
    Le vrai débat aurait consisté a proposer de construire ensemble l’identité française.

  3. Très bonne analyse de Marc que j’expose moi-même souvent. Il ne s’agit pas de défaîtisme, d’abattement ou de manque d’ambition mais simplement de réalisme et de clairvoyance. Ce qui nous amène à ne pas vouloir jouer les « Don Quichotte » politiques, à dissiper du temps et des moyens pour n’arriver à rien mais au contraire à rassembler et utiliser les moyens dont nous disposons (et ils sont encore immenses) pour bâtir quelque chose tourné vers le futur et non destiné à faire revivre un passé évanescent.
    Encore faut-il savoir quel futur, quels objectifs etc exprimés de façon cohérente et pas de façon brouillonne et au gré des opportunités et des soubressaults de l’actualité.
    Ainsi par exemple, l’identité nationale? OK Parlons en. Si c’est pour exclure certaines populations, apprendre à nos concitoyens de couleur que leurs ancêtres étaient des gaulois avec des cheveux blonds (non, là je blague), cela ne sert à rien car la réalité est là, nous avons environ 10% de la population française qui vient d’autres origines culturelles.
    Par contre, on peut comprendre également les personnes qui ne veulent pas voir changer les cultures et traditions de nos terroirs (y compris les étrangers de culture très différentes qui sont venus chez nous car ils aimaient ou ont appris à aimer notre façon de vivre et l’ont adoptée). C’est ainsi que l’on veut que l’Alsace reste l’Alsace, la Bretagne etc….
    Cela pose aussi la question de la poursuite de l’accueil continue de nouvelles populations qui généralement continuent de s’entasser dans des territoires déjà saturés de présences étrangères ce qui ne permet plus l’assimilation et ce qui crée le rejet. Ne devrions nous pas avoir le courage de le dire, de stopper cet afflux et de « mettre le paquet » (logement, instruction, éducation etc…) sur l’intégration de ces personnes présentes sur le territoire? L’identité nationale, c’est effectivement aussi notre patrimoine, c’est à dire au départ nos régions (qui génèrent ce patrimoine différencié -et différenciant-). Pourquoi accepte-t-on alors que nos province s’atrophient ou se meurent, faute d’activité et de meilleure répartition de l’activité économique? A quoi rime un grand Paris jusqu’au Havre? Pour quoi faire? Pour singer Londres ou la vie est de plus en plus difficile pour tous les anglais moyens? Les allemands auxquels nous n’avons pas beaucoup de leçons économiques à donner ont une multitudes de villes moyennes qui irriguent leur territoire- Ils ont également les entreprises qui vont avec, les fameuses ETI qui font tant envie à nos gouvernants. Mais ce n’est pas avec un Paris hypertrophié, phagocyteur de toutes les richesses et énergies que l’on parviendra à faire émerger un tissu d’ETI. Tout est lié dans le patrimoine et donc l’identité: les terroirs façonnent les hommes qui façonnent les entreprises. Et c’est bien ce que nous observons: Des champions du CAC 40 quasiment tous sur Paris, voire La Défense et ensuite des PME trop souvent de taille insuffisante. Utilisons mieux notre territoire (magnifique) nous intégrerons mieux les hommes et créerons immédiatement les conditions d’un meilleur développement (Il faudrait réhabiliter le Plan mais avec un contenu plus pertinent, façon point de vue de Michel Godé). Venez avec moi traverser certaines banlieue par ex du nord et nord est de la région parisienne- ce que je fais toujours pour rester en contact avec la réalité et vous verrez qu’il y a urgence à le faire. Point n’est besoin de grands discours et de grands débats pour cela, la volonté politique se suffit à elle même et si elle est claire, les mots pour l’expliquer viendront aisément.
    En réalité, nous manquons de personnes qui prennent assez de recul pour avoir une vision d’ensemble et capable de proposer des solutions non pas basées sur l’annonce de centaines de milliards mais simplement sur le bon sens.
    Finalement, question identité nationale, nous n’avons malheureusement pas beaucoup changé depuis Hazincourt et Crécy: Beaucoup de morgue mais pour le résultat que l’on connaît.
    NB: L’aménagement du territoire était le grand absent de la dernière présidentielle.

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