2012 … vers une société de confiance

Les deux grands risques d’une société sont l’indifférence et la défiance. Que ce soit l’indifférence vis à vis des autres ou l’indifférence par rapport à ce que nous partageons, dans tous les cas il s’agit d’un abandon de responsabilité qui mène à l’isolement. Or il n’y a de « politique » que si nous partageons un projet de société, si nous sommes convaincus que ce projet commun nous amènera vers plus de bonheur et de progrès, si nous sommes prêts à nous battre pour que ce projet réussisse au bénéfice de tous … Or aujourd’hui où en sommes-nous ? Quel projet commun partageons-nous ? Pour quelle grande ambition sommes nous prêts à nous battre ? Quand plus de la moitié de la population ne va même plus voter, quel message devons nous entendre ? Les résultats de ces élections régionales sonnent comme un puissant signal d’alerte. En pleine transformation du monde, alors que se jouent des enjeux majeurs en termes d’équilibre économique, d’emploi ou d’environnement, plus de la moitié des français restent chez eux, résignés, indifférents ou méfiants. D’autres se réfugient dans des votes de réaction ou de contestation, sans passion, sans adhésion. On ne peut pas l’accepter. On ne peut pas se résoudre à cette idée que la « politique » serait inefficace, inopérante, sourde et aveugle et que par conséquent, le fait d’aller voter n’aurait plus aucune prise sur rien. On ne peut pas se satisfaire du débat actuel qui procède plus d’un recadrage tactique des partis politiques, dans la perspective de 2012, que d’une prise de conscience des enjeux et d’une mobilisation pour la France. 

Parce que l’avenir se construit collectivement. Nous avons le devoir de mener une réflexion en profondeur sur un grand projet de société, fortement inspiré de nos valeurs, et qui positionne la France dans la mondialisation. Un projet basé d’abord sur la confiance pour que chacun y prenne part positivement, sans état d’âme. Un projet qui agrège les savoirs et mobilise toutes les énergies du monde politique et de la société civile. Un projet fidèle à l’engagement historique de la France au service de l’homme. Un projet d’avenir qui prenne en compte toutes les dimensions du  développement durable. Un projet précurseur, cohérent et ambitieux qui mette en perspective les grands enjeux auxquels nous sommes confrontés. C’est sur ce socle solide et fondateur que la France doit engager les deux grands débats qui conditionnent son avenir.

Le premier porte sur sa compétitivité dans la mondialisation ; c’est urgent car nos déficits et l’émergence des nouvelles économies réduisent de plus en plus nos marges de manoeuvre ; c’est un débat essentiel. Nous devons d’abord le construire à partir des nombreux atouts différenciateurs de la France. Notre culture, notre patrimoine et nos connaissances en sont les bases. Les technologies, l’innovation et la globalisation constituent les leviers et sont autant d’opportunités pour redynamiser notre économie. Sachons capitaliser sur ces forces et faisons de la France une « entreprise » moderne, innovante et globale. Le second débat porte sur la solidarité ; à l’heure d’une crise des comptes sociaux, de l’impact du vieillissement de la population et des contraintes économiques, nous devons développer un projet de société qui stimule toutes les formes humaines de solidarité et de socialité. La famille est le premier espace de solidarité; le lien social est le premier vecteur de socialité, d’enrichissement mutuel et d’échange. Le véritable progrès passe par la place qu’on accorde à ces deux dimensions. La France est un modèle social car elle a toujours positionné la dignité et le respect de l’homme au coeur de son développement. Ouvrons un débat qui place chacun en face de ses responsabilités et ne cherchons pas à rendre l’Etat responsable de tout. Chacun d’entre nous porte une responsabilité sociale; créons les conditions d’une société de confiance, à la fois solidaire et responsable.

De ces débats, des orientations prises en matière de compétitivité et de solidarité et des perspectives de réformes dépend l’organisation de nos institutions. Définissons d’abord notre projet de société et adaptons notre organisation et notre projet de gouvernance à ces choix. Qui peut dire aujourd’hui s’il faut des régions ou des méga-régions ? La réponse dépend en grande partie de notre projet économique, du bon niveau d’articulation entre un territoire et des entreprises. Qui peut dire aujourd’hui s’il faut garder nos 36.000 communes et nos 100 départements ? La réponse dépend là aussi de la qualité et de l’ambition du projet politique, de la pertinence ou non d’un maillage territorial de proximité pour déployer, par exemple, une politique sociale.

L’action politique n’a de sens que si ceux qui l’animent défendent des valeurs et une vision. En 2007 je me suis présenté aux élections législatives pour participer à la mise en oeuvre des  grandes orientations que proposait le Président de la République. J’ai été battu, puis, quelques mois plus tard, avec les mêmes convictions, sur la base d’un projet local et avec une formidable équipe, j’ai été élu Maire de Neuilly. Aujourd’hui je suis convaincu que nous ne pouvons pas prendre le risque d’enliser le débat dans des querelles sibyllines. L’échéance présidentielle de 2012 est un formidable espace de débat pour aborder en toute liberté ces grands enjeux de société ; c’est le moment d’imaginer les conditions d’une société de confiance et de travailler à ce qui fait le rayonnement de la France : son équilibre, ses idées et son ambition. Je vous propose d’y participer.

A bientôt. Jean-Christophe FROMANTIN

25 réflexions au sujet de « 2012 … vers une société de confiance »

  1. Je suis d’accord avec ton analyse et ta vision, le vrai souci, la vraie question c’est « comment rétablir la confiance ». Notre président a été élu sur la confiance que nous avions en lui pour enfin réformer la france en profondeur; sa politique a été toute autre. Ses électeurs se sentent trahis, les français sont clairement dégoutés, c’est un des grands messages de cette abstention massive aux dernières élections régionales.
    La route sera longue, une occasion unique a été râtée par N.Sarkozy, maintenant on ira sans doute jusqu’ a l’explosion du système pour avoir le courage de réformer.
    Ce sera peut être aussi l’occasion pour des hommes nouveaux qui n’ont jamais trahi leurs promesses electorales…

  2. Dans le premier paragraphe, une double négation (n’aurait plus, et rien) vaut affirmation.

    C’est bien de faire des phrases « savantes » mais « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement – Et les mots pour le dire arrivent aisément. » Nicolas Boileau.

  3. Si je partage assez largement votre description du risque représenté par la défiance montante envers les politiques et par extension la Politique, je crains qu’un diagnostic pertinent ou même un bon projet seuls ne suffisent plus à convaincre, trop souvent assimilables à de la parole verbale pour temps de cerveau disponible. D’ailleurs, les idées n’appartiennent à personne et les programmes se mélangent de plus en plus en cours de campagne (voir les thèmes de la dette ou l’écologie en 2007).

    Comment regagner la confiance qui sera nécessaire au rassemblement d’une nation autour d’un projet de rénovation, qui de plus sera douloureux car trop longtemps retardé?

    Des tentatives vers une plus grande implication des citoyens dans la démocratie ont été proposées depuis quelques années (de la démocratie participative aux primaires ouvertes, ou localement via les associations et autres conseils de quartiers…), mais la preuve d’un impact significatif des ces approches consultatives sur la conduite des affaires reste à apporter, aussi les concitoyens ne s’y laissent pas tromper.

    Exemplarité, cohérence, transparence dans les discours mais surtout dans les actes des politiques auront probablement un rôle à jouer dans ce processus de reconstruction… mais c’est beaucoup demander à des acteurs qui sont trop souvent devenus professionnels de la chose publique et qui dépendent de leur mandats pour faire carrière.

    Faudra-t-il en passer par une réforme de la loi électorale pour sortir la France de l’ornière? par exemple par la suppression du cumul et de l’enchaînement des mandats, avec des dispositions pour faciliter un retour à la vie civile, afin d’imposer une classe politique qui soit en prise avec la société qu’elle administre…

  4. Vous avez raison d’amener la notion de confiance au sein du débat politique. La défiance est partout, et c’est une source de tensions inutiles. En avant pour 2012 !

  5. Bravo pour la clarté de votre analyse et la façon dont vous rendez la « politique » accessible à tous. Vous seriez « l’homme de la situation » que ça ne m’étonnerait pas!!! Mais le chemin est long et difficile à parcourir… ça ne devrait pas faire peur au marathonien que vous êtes! Bonne route, on sera nombreux à vos côté pour vous proposer un peu d’aide.

  6. Je souscris pleinement à cette note mais également au commentaire de Nicolas. Je rebondis d’ailleurs sur le dernier paragraphe de son commentaire.
    Lorsque l’on écoute actuellement les élus locaux qui s’opposent à la réforme territoriale, on entend bien que leur motivation principale est avant tout la crainte de perdre leurs petits pouvoirs. Il faut faire de la politique autrement mais surtout rappeler que l’on « fait » de la politique pour servir. Si la motivation initiale est souvent désintéressée lors d’un premier mandat, trop d’élus n’ont ensuite comme seul objectif de se faire réélire, de compléter ce mandat initial par un second.

  7. Très bonne analyse : quel projet voulons nous, mais surtout qui voulons nous pour le porter ? Il est facile de dire que les élites politiques sont désavouées, mais c’est la triste vérité et c’est malheureusement mérité. Néanmoins on parle peu de ces nombreux élus qui sont au contact du terrain quotidiennement sans chercher à gravir les échelons. C’est vers ces gens courageux qu’il faut se tourner pour participer à la production d’ un projet politique. Projet où le citoyen doit être la première préoccupation. Ce travail qui devrait être le quotidien des grands partis politiques, n’est pas fait, il est donc intéressant et motivant de noter votre volonté de nourrir cette réflexion. Notre pays bénéficie d’atouts exceptionnels, une situation géographique de premier plan, une histoire riche, une population diversifiée, un savoir faire multiple et reconnu.
    Je suis prêt à participer à vos côtés à cette réflexion et j’espère que nous serons nombreux.

  8. je partage totalement le commentaire précédent (Vincent), la France ne manque pas d’élus de qualité qui font parfaitement leur boulot dans l’ombre. C’est avec eux que nous pourrons porter un beau projet en 2012 … yen a marre du bling bling, des grands discours sans actes, et des paroles en l’air !

  9. Je partage cette volonté de porter et défendre des valeurs, les traduire au travers de projets. La politique actuelle est trop personnalisée avec l’aide des média. Un projet permet de rassembler au travers d’une adhésion. Il faudra également être capable d’apporter le projet à chacun pour le réveiller…

    Pour arborder la position économique et la mondialisation, on peut se référer à Louis XIV dont on parle beaucoup en se moment, qui a mis en place une redoutable machine économique de promotion des productions françaises dans le monde (nous bénéficions encore de cette image). Effectivement, cette démarche était basée sur la créativité et la savoir-faire purement français face à d’importantes concurrences européennes à l’époque…

  10. 2012 doit être avant tout le moyen de penser « l’après Sarkozy », en France mais aussi à Neuilly qui fut précisément le nid du sarkozysme. Si vous vous revendiquiez, de quelque manière que ce soit, de la majorité présidentielle, ce serait une erreur majeure. Ce serait une catastrophe pour le nouveau Neuilly que nous voulons construire avec vous car les prochaines municipales seraient un échec. N’oubliez jamais que l’élection de 2008 fut atypique et fut exclusivement un succès parce que vous étiez alors libre et indépendant. Je vous en prie, restez le !!

  11. J’approuve en tous points votre démarche et vos valeurs. Je ne saurais trop vous recommander d’inscrire votre initiative dans une galaxie des clubs de réflexion afin de vous éviter la résistance des partis qui feront tout pour saper vos actions.
    Pour avoir tenté de faire vivre, avec des parlementaires de bonne volonté, un club « Courage et Convictions », j’ai mesuré la difficulté de survivre hors de la mouvance d’un parti. Ils se détestent mais sont d’accord sur une seule chose : le refus des « entrants ».

  12. Tout à fait d’accord avec ce discours. Nos politiques sont des professionnels de la vie politique et des apprentis de la société civile. Aucune prise avec la réalité de leurs concitoyens pour un grand nombre d’entre eux. D’où plus aucune confiance car en effet ce qui compte pour eux c’est avant tout la prochaine échéance électorale et non pas le service de la nation.
    Les mentalités doivent changer, mais j’ai bien peur que ce ne soit pas pour tout de suite.

  13. La confiance nait essentiellement du respect des engagements de parts et d’autres.

    Cela veut dire que le retour de la confiance viendra non seulemnt de la crédibilité du discours politiques, économiques, sociales, etc..; mais également de plus de vigilence et de moins de crédulité de la part des partenaires ou electeurs.

    Le débat politique gagnerait si d’un côté on n’arrétait de promettre tout et de l’autre croire que c’est possible!

    C’est en fait de l’honneteté que nous revrerons la confiance indispensable à la France.

  14. c’est un fait, les français attendaient des résultats immédiats qu’ils n’ont pas obtenus, dans l’optique de la formule bien connue :tout et tout de suite. C’est regrettable, mais –ce n’est pas nouveau. Je ne suis pas du tout d’accord avec certains commentaires qui précèdent, je suis persuadé au contraire qu’une majorité d’hommes politiques voient au delà de leur élection et qu’ils se préoccupent du sort des Français ; mais la France n’est qu’un modeste acteur dans la mondialisation et, la crise mondiale survenant en plus, c’est voir par le petit bout de la lorgnette que d’en rendre responsable notre Président .
    -Assurer la compétitivité dans la mondialisation pour la France ne peut que passer par l’excellence des Français en tous les domaines où ils exercent leur activité. En clair, ça commence par la formation et l’instruction. Malheureusement, à en juger par les méthodes mises en oeuvre dans un de nos lycées de Neuilly (d’après le soutien scolaire que je pratique)on en est loin !

  15. Monsieur le Maire,
    Vous avez probablement pensé à Alain Peyreffite pour « titrer » votre billet.
    Un bel esprit mais aussi et avant tout un homme d’actions.
    Je vous propose donc de nous en dire un peu plus quant à vos projets. En effet, pour « changer le monde », il faut plus qu’une chanson !. L’UMP l’a découvert il y a peu …
    Afin de consolider votre assise électorale, ce qui vous permettra de mieux inventer l’avenir, comptez-vous :
    - Présenter un candidat aux cantonales face à MC Ménard qui ne manquera pas de tout tenter pour se maintenir ?
    « On » murmure que 2 de vos proches piaffent d’impatience tels les cavaliers de l’apocalypse ! (Il en manque 2 … mais l’ambition étant chose bien partagée … je ne doute pas que le compte sois pour bientôt :-)
    - Rejoindre un homme politique de stature nationale afin de peser plus profondément dans le débat, qui s’annonce rude, et mènera à 2012 ?
    Bien entendu on peut penser à Dominique le magnifique … qui vous fait de nombreux appels du pied parait-il ! (l’ambition des poètes n’a d’égale que la soif de gloire des novices en politique, dit-on :-) .
    - Relancer MV2 afin de préparer les législatives ? Ce qui devrait être relativement facile vu l’état de « carbonisation avancée » de « junior ».
    - Tendre la main à votre rival malheureux des municipales afin de lui prodiguer le baiser du condamné ?

    En « pro » que vous êtes … vous avez du penser à tout cela … et j’ai hâte de lire vos analyses !

    Un Neuilléen amusé … et parfois dépité

  16. Voici les quelques réflexions en vrac

    - Une difficulté majeure pour remettre la confiance au coeur de notre société est que cela fait des décennies que nous vivons dans un société où le Welfare State est roi et où le vecteur de référence et donc de développement de la confiance est finalement l’Etat. L’Etat est là pour protéger, pour organiser, pour réguler les choses et finalement, au delà des cellules familiales ou amicales, toute relation de confiance entre les individus passe par lui… Sur ce point, 2 problèmes se posent: l’Etat à travers le comportement des politiques n’inspire plus confiance (cf l’abstention) ce qui déstabilise profondément la société car ce point de repère central (trop central ?) est plus que mis à mal. Cet élément est ressenti d’autant plus violemment qu’à cela s’ajoutent la globalisation et la mondialisation lesquelles donnent l’impression qu’au plan national, l’Etat et les politiques n’ont plus vraiment les moyens d’agir et de « préserver » notre modèle de société. Il en découle la crainte, le repli sur soi, le développement des corporatismes etc. Cela explique aussi à mon sens, le vote FN voire même le vote écologiste.

    - Question: comme Malraux disait que le 21ème siècle serait religieux ou ne serait pas, ne pourrait-on pas dire que le 21ème siècle sera construit sur la restauration de la confiance entre les hommes ou ne sera pas?

    - Je pense qu’il faut définir plus précisément et plus concrètement ce que veut dire « la confiance ». Au delà du « quoi », il y a aussi le « comment ». De ce point de vue, la notion de plus en plus inexistante de « projet de société » que vous évoquez est effectivement totalement centrale. Aujourd’hui, on se rend compte que beaucoup de choses tournent autour du travail ou plutôt du chômage mais si l’on reprend le discours du Président de la République, il présente le travail essentiellement comme un moyen de gagner de l’argent (« travailler plus pour gagner plus ») plus que comme moyen d’émancipation pas simplement matérielle mais aussi sociale, intellectuelle et même affective .Or, pour certains, cela signifie simplement survivre tandis que pour beaucoup d’autres, il s’agit d’argent et de consommation. Il est clair à mes yeux que ce n’est pas comme cela qu’on peut développer la confiance car celle-ci ne repose pas sur « l’épaisseur » d’un compte en banque même si cela aide évidemment.

    - Autre point: comment, dans un pays aussi corporatiste et individualiste que le nôtre, réconcilier la notion de projet collectif de société avec celle du projet personnel de chaque individu sachant qu’on ne vit pas « d’amour et d’eau fraîche »? Dans une société où il y a plus de 10% de chômeurs, 8 millions de personnes qui vivent avec moins de 1 000 euros par mois et qui, comme je le disais plus haut, considère que c’est à l’Etat de solutionner le problème de chacun, l’équation n’est pas simple à résoudre.

    - Il est intéressant, à ce propos, de constater que le rejet de la mondialisation particulièrement violent en France pourrait être lui aussi la résultante de l’esprit corporatiste: La corporation France se défend et cherche à préserver ses acquis contre le monde. Ce combat est sans nul doute perdu d’avance et ne peut faire qu’amplifier les réactions de défiance et d’indifférence. Le problème est donc de proposer une alternative à ce « modèle » autodestructeur…

    - Ce qui me frappe aussi c’est la dichotomie qui existe entre le fait que la plupart de nos concitoyens, pris individuellement, sait faire cette analyse de façon assez lucide (nécessité de la compétitivité, de la solidarité etc.) et notre incapacité à la faire collectivement et à créer ainsi une dynamique telle que vous la décrivez dans votre billet.

    - Sur la restauration de la confiance, il me semble que les notions de sincérité et de respect doivent être beaucoup plus mises en avant. Pour avoir confiance, il faut se sentir respecté, et aussi être persuadé d’avoir de la sincérité en face de soi. Je pense qu’une des raisons fondamentales de votre succès réside justement dans la capacité que vous avez à mettre ses valeurs en évidence alors qu’elles sont de plus en plus absentes notamment chez les politiques mais pas seulement (On pourrait faire le même constat dans le monde de l’entreprise voire dans le monde associatif). De ce point de vue, et sans porter de jugement sur le fond, je suis très interpellé par le fait que le rejet actuel de la droite n’est pas fondamentalement le rejet d’une politique mais purement et simplement le rejet d’un homme. Il est à noter que c’est d’ailleurs la confiance mise en cet homme qui lui a permis d’accéder à la Présidence. Le « retour de bâton » n’en est que plus violent. Il faut souligner à cet égard, que ce phénomène se répète à tous les niveaux de la classe politique, ceci d’ailleurs quelle qu’en soit la couleur. En conclusion, qui peut mieux inspirer la confiance ou au contraire la « détruire » que l’homme lui même…

  17. La quantité de réactions et d’apports divers suscités par le billet de Jean-Christophe Fromantin est déjà un indice de la justesse et de la profondeur des questions qu’il soulève.
    En tant que citoyens, nous sommes constamment invités à une réflexion sur les enjeux contemporains du politique. Ce dernier, par définition, est la matrice de l’être ensemble et implique nécessairement que soient traités les trois grands thèmes qui lui sont subordonnés : l’économique (la création de richesse et les modalités de leur échange), le social (la répartition juste des ressources) et la gouvernance (le mode de répartition des pouvoirs).
    C’est ce dernier point sur lequel je souhaiterais insister car il me semble d’autant moins souvent mentionné (et d’autant moins présent dans l’actualité) qu’il est fondamental et aujourd’hui fragilisé. L’abstentionnisme, l’absence de respect pour les institutions et leurs représentants, l’égoïsme (qui, tel, l’Hydre de Lerne, a beaucoup de têtes : protectionnisme, nationalisme, xénophobie, racisme, etc.) sont autant de symptômes du mal plus profond dont souffre notre civilisation occidentale : la crise de légitimité de sa gouvernance (ce qui est une autre façon de nommer la crise de confiance).
    Il y a longtemps que nous n’avons plus à lutter pour notre liberté ; longtemps que les jeunes reçoivent au berceau des droits qui semblent « naturels » alors qu’ils ont été payés au prix du sang par nos ancêtres. Un Athénien avait la menace toujours présente du Perse ou du Spartiate pour raffermir son ardeur politique et lui rappeler l’importance de participer aux assemblées. Pour nombre de nos contemporains, les amphithéâtres parlementaires ennuient bien plus qu’ils n’exaltent. L’engagement politique est devenu une marotte vaguement irrationnelle et plus ou moins louche. La conscience du contrat social (celui qui, nous unissant à l’Etat, nous lie en réalité à tous nos concitoyens) s’est délitée ; l’idée même de pouvoir a perdu tout contour clair dans l’esprit de beaucoup. Le pouvoir n’est plus ce qui fonde notre communauté, guide et protège ; il est cette autorité lointaine qui nous est si indifférente qu’elle en devient illégitime.
    Le constat n’est pas nouveau, mais les sources exactes n’en ont pas suffisamment été évoquées. Elles sont fondamentalement de deux sortes à mon sens : la rupture entre la classe politique et la société civile d’une part, la désacralisation de la loi d’autre part.
    Du coup, des pistes de solutions apparaissent :
    • La politique, nous n’avons de cesse de le répéter à MV2, ne doit pas être une carrière mais doit être un engagement temporaire de la part d’un homme intégré dans la société civile (prenons l’image historique de Cincinnatus !) ; elle doit être une mise au service de ses compétences au service de la collectivité, et non une profession servant de support à ses ambitions. Le projet politique doit être la cause et l’aiguillon d’un engagement politique, et non l’alibi rhétorique interchangeable d’une carrière. Pour faire reculer la professionnalisation de la politique, il convient d’encourager et de rendre plus facile l’aller-retour entre engagement privé et engagement public. Un véritable statut de l’élu (assurant son employabilité et son accompagnement dans le retour à la société civile) doit être institué, afin que le renouvellement du mandat ne soit pas la seule planche de salut de nos élus.
    • Second élément : il faut en finir avec l’inflation législative, autrement dit changer radicalement la façon dont le politique agit. Il faut cesser la multiplication de lois « d’émotion » collant d’autant plus à l’actualité qu’elles manquent de recul et sont bâties de guingois. Cela implique que le politique ait le courage de résister aux cris de la foule (et de ne pas céder à la facilité du démagogue) pour limiter son action aux seuls éléments fondamentaux. Cela suppose le dernier point et le plus important : les politiques doivent reconnaître la limite de leur action (et même leur grande impuissance en bien des domaines) pour se concentrer sur les quelques leviers qui sont réellement de leur ressort.

    Nous croyons avec Jean-Christophe Fromantin que cela est possible. Si la politique retrouve sa vraie place, à la fois modeste et fondamentale (au sens propre de fondation), alors nous pourrons à nouveau avoir confiance en elle.

  18. « Nous avons le devoir de mener une réflexion en profondeur sur un grand projet de société, fortement inspiré de nos valeurs, et qui positionne la France dans la mondialisation. »
    Monsieur le Maire, je ne peux qu’adhérer totalement à vos propos, je me permettrai toutefois d’ajouter un point : réfléchissons, faisons des projets et surtout AGISSONS, que toutes les comités de réflexion, les tables rondes, les idées se concrétisent dans les faits.

  19. certains des commentateurs sont bien virulents…
    j’ai du mal à comprendre en quoi nicolas sarkozy a trahi qui que ce soit. pour une fois, on a enfin un president qui respecte les promesses qu’il a faites pendant sa campagne. vous oubliez bien vite la défiscalisation des intérêts des emprunts immobiliers, la suppression des droits de succession, le service minimum dans les transports, le bouclier fiscal à 50% (qui est bon), l’autonomie des universités, le RSA, le Grenelle de l’Environnement, la réforme de la carte judiciaire, la mise en oeuvre de la réforme des collectivités territoriales etc.

    comme d’habitude, des que le bateau tangue un peu, certains preferent sauter dans les canots de sauvetage plutot que d’aider les autres à maintenir la barre.

    alors que dans cette periode de reforme difficile et de crise, on a besoin que les membres de la Majorité présidentielle se soutiennent, ceux qui commentent profitent de leur tribune pour critiquer ceux qui travaillent. Ce comportement a lui aussi peut être une signification quant à leurs ambitions personnelles.

    Bien à vous,

  20. A « un soutien du Président de La République »

    Je pense que la question n’est pas de savoir si le Président a trahi qui que ce soit et les réformes auxquelles vous faites allusion sont effectivement à mettre à son crédit même si certains vont regretter qu’elles soient, pour certaines, incomplètes. L’enjeu reste de définir dans quel projet de société elles s’inscrivent et à quelles valeurs fondamentales elles correspondent. Il me semble que c’est cette dimension qui manque le plus. Il est très paradoxal de constater que d’un côté, majoritaires sont nos concitoyens qui souhaitent que le mouvement de réformes se prolonge voire s’accentue mais qu’en même temps la cote de confiance qu’ils accordent au Président n’a jamais été aussi basse. Il s’agit là d’une expression assez typique de la société française dont l’esprit critique et surtout l’esprit de contradiction reste plus que jamais d’actualité. C’est pourquoi, au delà de la manière dont Nicolas Sarkozy exerce sa fonction, je reste convaincu que s’il avait la capacité, la volonté et l’envie de mettre au centre la notion de société de confiance telle qu’elle est exprimée par Jean-Christophe Fromantin, les choses changeraient du tout au tout et que le certain courage politique dont il a fait preuve à travers sa politique de réformes lui serait nettement plus crédité. Le problème est que dans un pays comme le nôtre, le fond ne suffit pas; la forme l’est encore plus et de ce point de vue, on ne peut que regretter qu’il n’y attache pas plus d’importance. Personnellement, j’ai été un ardent défenseur des idées de notre Président et au même titre que je reste assez convaincu, quels que soient ses « défauts », qu’il est probablement le seul sur l’échiquier politique actuel à pouvoir exercer la fonction, je pense qu’il doit revoir fondamentalement son « style », accepter réellement la contradiction, le vrai partage du pouvoir et sortir d’un espèce de jeu du « si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi ». Encore une fois et sans porter de jugement de valeur, je pense qu’aujourd’hui, c’est lui personnellement qu’une majorité de français rejette et non le fond de sa politique (si c’était le cas F.Fillon ne conserverait pas une bonne quote de popularité). A lui d’être capable de faire en sorte que nos concitoyens se réconcilient avec lui et cela malheureusement, ce n’est pas la qualité des réformes qu’il entreprend qui le permettra mais sa façon d’être et de partager son projet. Finalement, c’est là où la société de confiance à laquelle fait allusion JC.Fromantin prend tout son sens.

    En conclusion, c’est un beau challenge que j’espère il saura relever car s’il ne le fait pas, nous allons tout droit vers une nouvelle ère « socialiste » ce que comme vous je ne veux à aucun prix.

  21. Merci à tous pour vos contributions à ce débat. Je suis plus que jamais convaincu qu’un projet politique se construit sur 3 piliers : le sens, la vision et la cohérence. C’est sur ces bases que se forge la confiance. Plus la confiance est forte plus les réformes peuvent être audacieuses. Il n’y a pas d’ambition sans confiance. JC FROMANTIN

  22. Ping : Entretien avec Jean-Christophe Fromantin, braconnier citoyen |

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