
Les deux grands risques d’une société sont l’indifférence et la défiance. Que ce soit l’indifférence vis à vis des autres ou l’indifférence par rapport à ce que nous partageons, dans tous les cas il s’agit d’un abandon de responsabilité qui mène à l’isolement. Or il n’y a de « politique » que si nous partageons un projet de société, si nous sommes convaincus que ce projet commun nous amènera vers plus de bonheur et de progrès, si nous sommes prêts à nous battre pour que ce projet réussisse au bénéfice de tous … Or aujourd’hui où en sommes-nous ? Quel projet commun partageons-nous ? Pour quelle grande ambition sommes nous prêts à nous battre ? Quand plus de la moitié de la population ne va même plus voter, quel message devons nous entendre ? Les résultats de ces élections régionales sonnent comme un puissant signal d’alerte. En pleine transformation du monde, alors que se jouent des enjeux majeurs en termes d’équilibre économique, d’emploi ou d’environnement, plus de la moitié des français restent chez eux, résignés, indifférents ou méfiants. D’autres se réfugient dans des votes de réaction ou de contestation, sans passion, sans adhésion. On ne peut pas l’accepter. On ne peut pas se résoudre à cette idée que la « politique » serait inefficace, inopérante, sourde et aveugle et que par conséquent, le fait d’aller voter n’aurait plus aucune prise sur rien. On ne peut pas se satisfaire du débat actuel qui procède plus d’un recadrage tactique des partis politiques, dans la perspective de 2012, que d’une prise de conscience des enjeux et d’une mobilisation pour la France.
Parce que l’avenir se construit collectivement. Nous avons le devoir de mener une réflexion en profondeur sur un grand projet de société, fortement inspiré de nos valeurs, et qui positionne la France dans la mondialisation. Un projet basé d’abord sur la confiance pour que chacun y prenne part positivement, sans état d’âme. Un projet qui agrège les savoirs et mobilise toutes les énergies du monde politique et de la société civile. Un projet fidèle à l’engagement historique de la France au service de l’homme. Un projet d’avenir qui prenne en compte toutes les dimensions du développement durable. Un projet précurseur, cohérent et ambitieux qui mette en perspective les grands enjeux auxquels nous sommes confrontés. C’est sur ce socle solide et fondateur que la France doit engager les deux grands débats qui conditionnent son avenir.
Le premier porte sur sa compétitivité dans la mondialisation ; c’est urgent car nos déficits et l’émergence des nouvelles économies réduisent de plus en plus nos marges de manoeuvre ; c’est un débat essentiel. Nous devons d’abord le construire à partir des nombreux atouts différenciateurs de la France. Notre culture, notre patrimoine et nos connaissances en sont les bases. Les technologies, l’innovation et la globalisation constituent les leviers et sont autant d’opportunités pour redynamiser notre économie. Sachons capitaliser sur ces forces et faisons de la France une « entreprise » moderne, innovante et globale. Le second débat porte sur la solidarité ; à l’heure d’une crise des comptes sociaux, de l’impact du vieillissement de la population et des contraintes économiques, nous devons développer un projet de société qui stimule toutes les formes humaines de solidarité et de socialité. La famille est le premier espace de solidarité; le lien social est le premier vecteur de socialité, d’enrichissement mutuel et d’échange. Le véritable progrès passe par la place qu’on accorde à ces deux dimensions. La France est un modèle social car elle a toujours positionné la dignité et le respect de l’homme au coeur de son développement. Ouvrons un débat qui place chacun en face de ses responsabilités et ne cherchons pas à rendre l’Etat responsable de tout. Chacun d’entre nous porte une responsabilité sociale; créons les conditions d’une société de confiance, à la fois solidaire et responsable.
De ces débats, des orientations prises en matière de compétitivité et de solidarité et des perspectives de réformes dépend l’organisation de nos institutions. Définissons d’abord notre projet de société et adaptons notre organisation et notre projet de gouvernance à ces choix. Qui peut dire aujourd’hui s’il faut des régions ou des méga-régions ? La réponse dépend en grande partie de notre projet économique, du bon niveau d’articulation entre un territoire et des entreprises. Qui peut dire aujourd’hui s’il faut garder nos 36.000 communes et nos 100 départements ? La réponse dépend là aussi de la qualité et de l’ambition du projet politique, de la pertinence ou non d’un maillage territorial de proximité pour déployer, par exemple, une politique sociale.
L’action politique n’a de sens que si ceux qui l’animent défendent des valeurs et une vision. En 2007 je me suis présenté aux élections législatives pour participer à la mise en oeuvre des grandes orientations que proposait le Président de la République. J’ai été battu, puis, quelques mois plus tard, avec les mêmes convictions, sur la base d’un projet local et avec une formidable équipe, j’ai été élu Maire de Neuilly. Aujourd’hui je suis convaincu que nous ne pouvons pas prendre le risque d’enliser le débat dans des querelles sibyllines. L’échéance présidentielle de 2012 est un formidable espace de débat pour aborder en toute liberté ces grands enjeux de société ; c’est le moment d’imaginer les conditions d’une société de confiance et de travailler à ce qui fait le rayonnement de la France : son équilibre, ses idées et son ambition. Je vous propose d’y participer.
A bientôt. Jean-Christophe FROMANTIN











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